La fascination du pire 2)
Accroupie au ras du sol, immobile, l'odeur mouillée des feuilles mortes à plein nez, elle attend. Quelques branches entrecroisées la soustraient de leur vue.
Eux, qui de toute façon, sont bien trop occupés pour seulement penser à regarder ailleurs. Elle frémit de colère latente. De colère et d'attente surtout. Réprime avec peine un long cri sourd, lourd, profond. Une plainte plutôt, qui lui fouille le ventre, s'insinue dans ces os, lui taraude la tête et le cœur. Pourquoi? Pourquoi lui faire ça? Elle voudrait sortir de sa cachette, les surprendre, les figer de honte, leur cracher à la figure tout le mépris du monde.
Mais elle ne bouge pas. Fascinée par ce spectacle qui lui laboure l'âme, déchire sa foi en lambeaux de déceptions cruelles. Trompée, bafouée, mais incapable d'échapper, de détourner la tête, de cesser de s'abreuver à cette scène de fiel.
Elle, l'Autre, vautrée sur lui, le corps ondulant sous ses caresses, sous ses mains qu'elle connaît si bien, depuis si longtemps et qu'il offre sans pudeur maintenant à cette salope dévergondée, sortie d'on ne sait où, putain racoleuse qui lui vole son homme comme on goûte à la "saveur du mois". Bouleversée, elle sent en elle un mélange malsain de haine et de plaisir par peau interposée. Mais qu'elle se détourne, s'enfuit sans bruit, les laisse à leur traîtrise, vite, avant que son esprit sombre irrémédiablement dans le chaos, le néant. Dans la douleur.
Mais c'est l'Autre qui bouge, se relève, repue, assouvie. Une dernière caresse, un frôlement, elle le quitte sans un regard et disparaît derrière l'angle de briques de l'immeuble voisin. Lui, impassible, la regarde partir. S'allume une cigarette, reprend le livre qu'il avait déposé sur le sol, ouvert, et s'y replonge sans le moindre remords, comme si rien ne s'était passé. Salaud. Salaud.
Alors elle émerge de sa cachette. Sans bruit, elle tente de le contourner sans qu'il ne la remarque. Peine perdue. D'un geste vif, il la saisit par la taille et la prend dans ses bras. Il sent sa réticence, la serre contre son coup, l'embrasse et la cajole. Murmure à ses oreilles:" Allô ma belle… Douce…Oui, comme ça, douce ma belle…" Et elle, qui ne peut résister, qui craque sous ses doigts de magicien, qui s'abandonne, oublieuse de sa peine, de sa rage, de sa terrible jalousie.
Apaisée, elle se laisse bercer par cette voix et ces mains à nouveau siennes, à elle seule. Elle enfouit sa tête dans le cou de son homme. Et du plus profond d'elle, irrépressible, atavique, éclate dans sa gorge son chant de plaisir, de bonheur.
Toutes griffes rentrées, elle ronronne à pleins poumons.
(Pétronille "in" le collectif "Coïtus Improptus")
Eux, qui de toute façon, sont bien trop occupés pour seulement penser à regarder ailleurs. Elle frémit de colère latente. De colère et d'attente surtout. Réprime avec peine un long cri sourd, lourd, profond. Une plainte plutôt, qui lui fouille le ventre, s'insinue dans ces os, lui taraude la tête et le cœur. Pourquoi? Pourquoi lui faire ça? Elle voudrait sortir de sa cachette, les surprendre, les figer de honte, leur cracher à la figure tout le mépris du monde.
Mais elle ne bouge pas. Fascinée par ce spectacle qui lui laboure l'âme, déchire sa foi en lambeaux de déceptions cruelles. Trompée, bafouée, mais incapable d'échapper, de détourner la tête, de cesser de s'abreuver à cette scène de fiel.
Elle, l'Autre, vautrée sur lui, le corps ondulant sous ses caresses, sous ses mains qu'elle connaît si bien, depuis si longtemps et qu'il offre sans pudeur maintenant à cette salope dévergondée, sortie d'on ne sait où, putain racoleuse qui lui vole son homme comme on goûte à la "saveur du mois". Bouleversée, elle sent en elle un mélange malsain de haine et de plaisir par peau interposée. Mais qu'elle se détourne, s'enfuit sans bruit, les laisse à leur traîtrise, vite, avant que son esprit sombre irrémédiablement dans le chaos, le néant. Dans la douleur.
Mais c'est l'Autre qui bouge, se relève, repue, assouvie. Une dernière caresse, un frôlement, elle le quitte sans un regard et disparaît derrière l'angle de briques de l'immeuble voisin. Lui, impassible, la regarde partir. S'allume une cigarette, reprend le livre qu'il avait déposé sur le sol, ouvert, et s'y replonge sans le moindre remords, comme si rien ne s'était passé. Salaud. Salaud.
Alors elle émerge de sa cachette. Sans bruit, elle tente de le contourner sans qu'il ne la remarque. Peine perdue. D'un geste vif, il la saisit par la taille et la prend dans ses bras. Il sent sa réticence, la serre contre son coup, l'embrasse et la cajole. Murmure à ses oreilles:" Allô ma belle… Douce…Oui, comme ça, douce ma belle…" Et elle, qui ne peut résister, qui craque sous ses doigts de magicien, qui s'abandonne, oublieuse de sa peine, de sa rage, de sa terrible jalousie.
Apaisée, elle se laisse bercer par cette voix et ces mains à nouveau siennes, à elle seule. Elle enfouit sa tête dans le cou de son homme. Et du plus profond d'elle, irrépressible, atavique, éclate dans sa gorge son chant de plaisir, de bonheur.
Toutes griffes rentrées, elle ronronne à pleins poumons.
(Pétronille "in" le collectif "Coïtus Improptus")
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